Littérature : Quelques Auteurs d'Afrique

Alain Mabanckou

Congo

 

in "Demain j'aurai vingt ans", 2010

 

"Souvent, je me dis que Tonton René est plus fort que Dieu qu'on adore dans les prières le dimanche à l'église Saint-Jean-Bosco. Dieu, on ne L'a jamais vu, mais on a peur de Sa puissance comme s'Il pouvait nous gronder ou nous frapper alors qu'Il habite très loin, là où aucun Boeing n'arrivera jamais. Si on veut Lui parler, il faut aller à l'eglise et c'est le prêtre qui va Lui transmettre nos messages qu'Il lira s'Il a un peu de temps car là-haut Il est débordé matin, midi et soir."

 

 

 

Henri Lopes

Congo

 

"Le Pleurer-Rire", Présence Africaine, 1982

"A travers ce roman, classique de la littérature africaine, c'est le problème du pouvoir et du contre-pouvoir qui est posé dans toute son ampleur. La violence verbale qui perce au détour de chaque page n'a d'égal que le tragique des situations et des évenements qui y sont décrits.

Oeuvre forte et dense, complexe et lucide, le Pleurer-Rire fonde son originalité sur sa structure polyphonique, son rythme varié et sa charge d'ironie et d'humour qui justifie son titre."

(Extrait du 4ème de couverture de l'édition 2003)

 

 

 Amadou Hampâté Bâ

 Mali

 

in "Sur les traces d'Amkoullel, l'enfant peul"

 

Si tu sais que tu ne sais pas, tu sauras.

Si tu ne sais pas que tu ne sais pas, tu ne sauras pas.

                                           

Même s'il n'est qu'une petite mare de brousse, chacun d'entre nous peut essayer de maintenir pure et paisible l'eau de son âme, afin que le soleil puisse s'y mirer tout entier.

 

Je ne suis pas un universitaire...mais j'ai eu un grand privilège : celui d'avoir été à l'école des "vieillards". Cette fréquentation m'a permis de demander, écouter, consigner, comparer et surtout méditer afin de pouvoir m'adapter comme il se doit.

 

Lorsqu'on veut reprocher à quelqu'un son comportement ou lui faire prendre conscience de certains de ses défauts, on ne le lui dit jamais directement. On passe par l'intermédiaire d'un conte ou d'un proverbe qui correspond exactement à son cas. L'interréssé s'y reconnaît parfaitement, mais ne se vexe pas parce qu'il n'est pas nommé.

                                   

Camara Laye

Guinée

 

in "L'enfant Noir", 1953

 

"... "Je sais que cette autorité dont ma mère témoignait, paraîtra surprenante; le plus souvent, on imagine dérisoire le rôle de la femme africaine, et il est des contrées en vérité où il est insignifiant, mais l'Afrique est grande, aussi diverse que grande. Chez nous, la coutume ressortit  à une foncière indépendance, à une fierté innée; on ne brime que celui qui veut bien se laisser brimer. Mon père, lui, ne songeait à brimer personne, ma mère moins que personne; il avait un grand respect pour elle, et nous avions tous un grand respect pour elle, nos voisins aussi, nos amis aussi. Cela tenait, je crois bien, à la personne même de ma mère, qui imposait; cela tenait encore aux pouvoirs qu'elle détenait."

 

Mariama Bâ

Sénégal

 

in "Une si longue lettre", 1979

 

"...C'était surtout par les contes, pendant les veillées à la belle étoile, que Tante Nabou avait exercé son emprise sur l'âme de la petite Nabou, sa voix expressive glorifiait la violence justicière du guerrier, sa voix expressive plaignait l'inquiétude de l'Aimée toute de soumission. Elle saluait le courage des téméraires; elle stigmatisait la ruse, la paresse, la calomnie; elle réclamait sollicitude pour l'orphelin et respect pour la vieillesse. Mise en scène d'animaux, chansons nostalgiques tenaient haletante la petite Nabou. Et lentement et sûrement, par la ténacité et la répétition, s'insinuaient en cette enfant les vertus et la grandeur..."

...

"...C'est de l'humus sale et nauséabond que jaillit la plante verte et je sens pointer en moi des bourgeons neufs. Le mot bonheur recouvre bien quelque chose, n'est-ce pas ? J'irai à sa recherche. Tant pis pour moi si j'ai encore à t'écrire une si longue lettre..."