Contes africains

 

 N'gamboulou l'orphelin - Extraits

Un projet de Mama Yakala et DRTV

2012. A Brazzaville, le conteur Amboche conte en Lingala, à la manière traditionnelle, "Ngamboulou l'orphelin" devant une assemblée d'enfants et adultes. La video présente des extraits du premier film d'un projet de la télévision DRTV et de l'association Mama Yakala avec Jean Paul Wabotaï : " A la recherche des contes du Congo". L'expérience, qui a rencontrée un vif succès dans le quartier, n'a pas pu être poursuivie, faute de financement.

Le Pauvre Lazard

in "Les plus beaux contes africains" recueillis par Guelord Grembo

 

Lazard était un pauvre cultivateur qui se contentait du peu qu'il avait. Ses trois enfants lui apportait le bonheur car chacun avait un don particulier. Le premier avait le don de clairvoyance, le deuxième avait le don de voler à grande distance et le troisième possédait le don de guérison.

 

Un jour, alors que tous ses enfants étaient aux champs, Lazard tomba très gravement malade au point de mourir dans l'immédiat si rien n'était fait. Au même moment, l'enfant ayant le don de clairvoyance vit l'état de son père et appela ses frères :

« Père est très souffrant, nous devons rentrer au plus vite ! »

Le deuxième enfant ayant le don de voler les prit sur ses épaules et les porta du champ jusqu'à la maison. Le troisième enfant au don de guérison miraculeuse utilisa son pouvoir pour guérir leur père.

Le premier dit :

« Si je n'avais rien vu, vous n'auriez jamais vu qu'il se passait quelque chose d'anormal à la maison. »

Le deuxième s'exclama :

« Si je ne vous avez pas portés immédiatement à la maison, notre père bien-aimé serait mort avant notre retour »

Le troisième ajouta :

« C'est mon don de guérison miraculeuse qui a sorti Père de son mal. »

 

Selon vous, qui de ses trois enfants a vraiment sauvé son père ?

Landry Kaya
Landry Kaya

L'histoire des trois sourds

in « Les plus beaux contes africains » recueillis par Guelord Grembo

 

C'est l'histoire d'une femme. Elle était sourde, tellement sourde qu'elle n'entendait rien. Tous les matins, elle portait son enfant sur son dos et se rendait à son champ. Elle avait un immense champ d'arachides. Et un matin qu'elle était là, tranquillement à travailler dans son champ, arrive un monsieur. Un monsieur tellement sourd qu'il n'entendait rien. Et ce monsieur cherchait ses moutons. Ecoutez bien ! Il s'adressa à la dame :

« Madame, je cherche mes moutons, leurs traces m'ont conduit jusqu'à votre champ. Est-ce que vous ne pourriez pas m'aider à les retrouver ? D'ailleurs, on les reconnaît bien, mes moutons. Parmi eux, il y a un mouton blessé. Madame, si vous m'aidez à retrouver mes moutons, je vous donnerai ce mouton blessé, vous pourrez toujours vous en servir. »

Mais elle, n'ayant rien entendu, rien compris, a pensé que le monsieur lui demandait juste jusqu'où allait son champ. Elle se retourna pour lui dire :

« Mon champ s'arrête là-bas. »

Le monsieur a suivi la direction indiquée par la dame et par un curieux hasard trouva ses moutons en train de brouter tranquillement derrière un buisson. Tout content, il les rassembla et vint remettre à la dame le mouton blessé. Mais celle-ci, n'ayant rien entendu, rien compris, pensa que le monsieur l'accusait d'avoir blessé le mouton. Alors elle se fâcha :

« Monsieur, je n'ai pas blessé votre mouton. Allez accuser qui vous voulez mais pas moi. D'ailleurs des moutons, je n'en ai jamais vu. »

Quand il vit que la femme se fâchait, le monsieur pensa qu'elle ne voulait pas ce mouton mais un mouton plus gros. Et à son tour, il se fâcha :

« Madame, c'est ce mouton que je vous ai promis. Il n'est pas du tout question que je vous donne le plus gros de mes moutons. »

 

Tous les deux se fâchèrent à tel point qu'ils finirent par arriver au tribunal.

Le tribunal, dans cette Afrique d'il y a longtemps, se tenait sur la place du village, à l'ombre d'un grand arbre, l'arbre à palabres, le plus souvent un baobab. Le juge qui était en même temps le chef du village était là, entouré de tous ces gens qu'on appelle les notables.

La dame et le monsieur arrivèrent tout en continuant leur querelle. Après les salutations, c'est elle qui parla la première :

« Ce monsieur m'a trouvé dans mon champ et m'a demandé où mon champ s'arrêtait. Je lui ai montré et j'ai repris mon travail. Il est parti et est revenu quelques instants après avec un mouton blessé, m'accusant de l'avoir blessé. Or, je jure que des moutons, je n'en ai jamais vu. Voilà pourquoi on est ici, monsieur le juge. »

Ce fut le tour du monsieur :

« Je cherchais mes moutons, dit-il, et leur traces m'ont conduit jusqu'au champ de cette dame. Je lui ai dit que si elle m'aidait à retrouver mes moutons, je lui donnerai l'un d'entre eux, mais j'ai bien précisé le mouton blessé. Elle m'a montré mes moutons et je lui ai donné le mouton blessé. Mais elle veut un mouton plus gros. Pensez-vous que je vais lui donner le plus gros de mes moutons à deux pas de la fête des moutons ? »

Le juge se leva. Il était aussi sourd qu'un pot, et quand il a vu l'enfant sur le dos de sa mère, il a pensé qu'il ne s'agissait que d'une petite querelle de ménage. Alors, il s'adressa au monsieur :

« Monsieur, cet enfant est votre enfant. Regardez d'ailleurs comment il vous ressemble. A ce qu'il me semble, vous êtes un mauvais mari. Et vous, Madame, des petits problèmes comme cela, ce n'est pas la peine de venir jusqu'ici les étaler devant tout le monde. Rentrez chez vous ! Je souhaite que vous vous réconciliez. »

Ayant entendu ce jugement, tout le monde éclata de rire. Et le rire contamina le juge, la dame et le monsieur. Que firent-ils ? Ils éclatèrent de rire à leur tour, bien que n'ayant rien compris.

Le conte pose la question : Lequel de ces trois est le plus sourd ?

 

La leçon : Il vaut mieux ne pas se dépêcher de donner une réponse. On conseille, quelque part en Afrique, d'avoir le cou aussi long que celui du chameau, afin que la parole, avant de jaillir, puisse prendre tout son temps.